29 Décembre 2019

Tokyo, Préfecture de Tokyo

📍Aéroport de Paris-Charles de Gaulle

Les valises sont prêtes, le document pour récupérer mon visa est dans la poche. Je suis à la fois terriblement heureuse et incroyablement stressée. Je vais laisser ma famille, mes amis et Myrtille derrière moi. Je pars réaliser le rêve d’une vie, mais partir seule à l’autre bout du monde, ça reste quand même sacrément flippant.

Myrtille, je lui ai dit au revoir avant de quitter la maison. Ma sœur m’a offert un petit porte-clés avec une photo d’elle à l’intérieur, qui va m’accompagner pendant tout mon périple.

L’arrivée à l’aéroport se fait sans encombre. Je dépose les bagages : deux fois 22 kg ! Sans compter mon bagage cabine et mon sac à dos. J’ai pris tout ce qui pouvait être important pour une année entière : des vêtements pour toutes les saisons, une combinaison de ski, un nouvel appareil photo et évidemment un ordinateur portable.

Puis vient le moment de dire au revoir à tout le monde. Ce n’est vraiment pas facile. Mon dernier regard vers eux se fait juste avant de passer la sécurité. Je me retourne une dernière fois, prends mon courage à deux mains et franchis le cap.

À partir de maintenant, je dois me débrouiller seule.

Passage à la douane, et j’arrive du côté des avions. Je vois le mien… c’est bientôt l’heure !

L’embarquement se passe bien. Je suis du côté du hublot, comme prévu, aucun souci. Enfin, nous décollons.

L’excitation est toujours là, mais cette impression d’irréalité ne me quitte pas. J’ai l’impression que je vais me réveiller d’un moment à l’autre et découvrir que je suis toujours en France. Et en même temps, tout est bien réel : ma famille est derrière moi, je suis dans cet avion et je pars vraiment vivre au Japon.

Le vol se passe bien, mais tout se passe en anglais ou en japonais. Je ne parle pas japonais et mon anglais est très mauvais. Déjà que gérer un départ et toutes les informations en français demande un minimum de concentration, alors dans une langue que je ne maîtrise pas, la gymnastique mentale commence immédiatement.

Le passage est rude, mais la compagnie fait son maximum. Les hôtesses sont d’ailleurs très gentilles avec moi, et comme je suis seule, elles semblent particulièrement attentionnées.

La qualité japonaise est bien là.

Je découvre notamment quelque chose qui m’impressionne beaucoup : régulièrement, les hôtesses passent avec du jus d’orange et n’arrivant pas à dormir, j’en profite pour prendre un ou deux verres. Elles sont également passées pour fermer les hublots, munies d’une longue perche, afin de ne pas réveiller les passagers lorsque le jour commence à pointer le bout de son nez.

Ça me surprend énormément. Je trouve ça incroyablement attentionné. On sent vraiment la culture de l’omotenashi.

L’omotenashi est souvent traduit par « hospitalité », mais l’idée va un peu plus loin : il s’agit notamment d’anticiper les besoins de l’autre et de faire attention aux détails sans forcément attendre quelque chose en retour. À ce moment-là, je ne connais évidemment pas encore ce mot, mais je suis déjà frappée par cette façon de faire.

Le repas était très bon. Première expérience gustative japonaise de mon périple. Il y avait du riz et du bœuf, une soupe miso, une salade, une tranche de jambon, des somen avec du tofu, une salade de fruits, un morceau de camembert Président et une glace Häagen-Dazs à la vanille. Un peu avant j’avais eu un verre de coca et des petits scrountch.

Techniquement, j’avais déjà mangé japonais en France, mais jusque-là, je n’avais surtout connu que les ramen et les sushis. Là, c’est complètement différent : c’est un repas qui ressemble davantage à ce que l’on peut manger au quotidien au Japon, mais qui ne ressemble en rien à ce que je connais.

Le tofu, lui, je comprends assez rapidement que je n’aime pas ça.

La nuit est courte, l’excitation m’empêche de dormir. Je suis tellement impatiente d’arriver que je n’arrive presque pas à fermer l’œil. Je finis tout de même par m’écrouler vers 2 h du matin pour me réveiller à 5 h.

Nous survolons la Russie. C’est incroyable, toute cette étendue de glace !

Le petit déjeuner ne tarde pas à arriver. Petit déjeuner salé : des yakiudon, une salade de fruits et un yaourt. J’ai un peu de mal avec l’odeur qui s’en échappe, mais finalement, il passe extrêmement bien.

Puis enfin, nous survolons le Japon. Mes premières images du pays !

Je ne me souviens plus exactement de ce que je voyais. Une étendue de terre, des montagnes, peut-être la ville au loin que je suppose être Tokyo car c’est là-bas que j’atterris, et la mer.

Mais ce qui est certain, c’est ce que je ressens : je suis heureuse.

Je n’étais plus triste. J’avais tellement hâte d’arriver que je ne pensais plus qu’à une chose : que le voyage se termine enfin et que ma nouvelle vie commence.

Malgré ma courte nuit, je ne manque pas d’énergie ! L’excitation me tient debout, merci l’adrenaline.

📍Aéroport international de Tokyo-Haneda

Et enfin, nous atterrissons !

Je prends mon sac, descends de l’avion et fonce vers ma première destination : les fameuses toilettes japonaises ! J’avais déjà entendu parler des toilettes japonaises et je m’étais toujours dit qu’il fallait absolument que, dès l’aéroport, je les essaie. Et elles sont encore mieux que ce que j’avais imaginé !

J’ai essayé le bruit d’eau, mais je n’ai pas eu le courage de tester le jet d’eau. Il faut dire que je ne comprends pas grand-chose aux boutons et que j’ai peur d’appuyer sur quelque chose qu’il ne faut pas. Et puis je suis dans des toilettes publiques : ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour faire une expérience hasardeuse avec des toilettes japonaises.

Je suis en route pour passer la douane. J’ai déjà rempli tous les documents nécessaires grâce à l’école. Cela fait presque un an que nous préparons ce départ et tout est en ordre.

Cela se passe bien, même si le personnel ne parle pas anglais et moi pas japonais. Ils prennent leur temps pour vérifier mes documents avant de me fournir ma zairyū card. Je ne suis finalement pas particulièrement stressée. J’ai déjà fait une tonne de démarches administratives avec l’école et je sais qu’il faut simplement patienter.

Puis je vais chercher mes valises. Je ne pensais pas que les démarches avaient pris autant de temps. Lorsque j’arrive au tapis roulant, il est déjà arrêté et mes bagages sont bien gentiment posés sur le côté, tous ensemble. Encore une fois, on voit les attentions japonaises. Et surtout, sans surveillance, mes bagages sont encore là ! Personne ne me les a pris !

Je récupère mes bagages puis je vais chercher ma carte SIM, que j’avais demandé à faire livrer directement à l’aéroport.

Je prends ensuite dix petites minutes pour me poser et appeler ma mère grâce au Wi-Fi de l’aéroport. Je la rassure et lui raconte comment tout s’est passé jusque-là. C’est quand même éprouvant mentalement d’en arriver là. J’ai très peu dormi, je suis dans une langue que je ne comprends pas depuis que je suis montée dans l’avion, je viens de traverser la moitié du monde, je fais des démarches administratives et je découvre un nouveau pays. C’est excitant, certes, mais aussi extrêmement fatigant. Et le décalage horaire ne va certainement pas arranger les choses.

Puis j’envoie un message à Vivi pour lui dire que je suis bien arrivée et que je vais prendre un taxi. Une fois reposée, je monte dans le taxi. Je montre l’adresse de Vivi au chauffeur sur mon téléphone. Il démarre.

Et là, je me rends compte que je perds le Wi-Fi. Évidemment. Je ne suis plus dans l’aéroport. J’essaie de comprendre ma carte SIM, mais je suis malade en voiture… alors je ne fais rien et j’attends.

Je n’ai plus de Wi-Fi, je ne comprends pas le japonais, je n’ai aucune nouvelle de Vivi et elle n’en a aucune de moi. Je me dis que je trouverai bien un konbini avec du Wi-Fi. Je profite donc tout simplement de la vue de nuit que m’offre le taxi. Les routes, les lumières, les maisons, le moindre détail. Je ne veux rien louper.

Le taxi me dépose, je le paye et je commence à marcher. Toujours sans Wi-Fi. Sans Google Maps. Avec mes bagages lourds. J’espère tomber sur un konbini à un moment. Je savais qu’il y en avait de partout et étant à Tokyo ce serait arrivé rapidement.

Je m’enfonce dans une ruelle. Il fait nuit.

Et là, j’entends Vivi.

J’étais tellement heureuse de la voir ! Elle avait entendu le bruit de mes bagages et était venue à ma rencontre.

Elle me fait visiter son chez-elle. Et tout me paraît tellement japonais ! La salle de bain, sa chambre, la cuisine, la forme du bâtiment, les décorations… Même si, finalement, c’est simplement un appartement japonais tout à fait classique, pour moi tout est nouveau.

Je lui raconte évidemment toutes mes péripéties depuis le départ.

Après toutes ces émotions, nous partons en direction de Shinjuku pour mon premier vrai repas au Japon. Et évidemment, j’avais décidé des mois plus tôt que mon premier repas au Japon serait un ramen.

Pour rejoindre Shinjuku, nous prenons le train. Je fais donc ma première Suica, que j’utilise immédiatement pour aller à Shinjuku. Je suis heureuse de l’avoir enfin : je sais déjà qu’elle va devenir indispensable à ma vie quotidienne.

Quand nous arrivons à Shinjuku, tout est encore illuminé malgré Noël qui vient de passer. Il y a du monde, du bruit, des lumières partout. J’avais déjà vu des images et des vidéos de Tokyo, mais ce n’est vraiment pas pareil en vrai. Je découvre également mon premier distributeur de boissons japonais. Et là, nouvelle découverte : ils proposent des boissons chaudes ! Des soupes, des potages, des cafés, du milk tea chaud… Je trouve ça génial.

L’une des premières photos que je prends ce jour-là est une illumination de Maneki-neko pour Noël.

📍Ramen Hayashida Shinjuku Shop

Nous avions cherché en avance le restaurant dans lequel nous voulions aller. Nous suivons donc le GPS pour nous amener à bon port. Mais évidemment, je m’ébahis toutes les cinq minutes !

Puis on rentre dans le resto et là, j’entends mes premiers « irasshaimase ! ». Ça suffit à faire monter mon excitation encore un peu plus. Je n’arrive décidément pas à faire redescendre mon euphorie. L’ambiance du restaurant est finalement assez classique, mais encore une fois, pour moi, absolument tout est nouveau. Nous sommes au comptoir, avec des salarymen et des gens qui sont simplement là pour manger leur repas comme n’importe quel autre jour.

Et c’est assez drôle : eux sont simplement dans leur quotidien, alors que moi, je suis dans un rêve éveillé. Le ramen était incroyable. Bouillon de poulet, œuf de premier choix, les nouilles étaient un peu fines par rapport à ce dont j’ai l’habitude, mais le tout était excellent.

On nous donne même des bavoirs en papier pour ne pas nous tacher. Encore un petit détail japonais qui me fait sourire. J’avais déjà mangé des ramen en France, dans un restaurant tenu par des Japonais, donc je savais déjà à peu près à quoi m’attendre.

Mais là, je suis au Japon. C’est mon premier restaurant japonais au Japon. J’essaie même de slurper bruyamment mes nouilles comme je sais qu’il faut le faire, mais je n’y arrive pas vraiment.

📍Don Quijote Shinjuku Kabukicho

Puis nous nous baladons dans le quartier avec un passage obligatoire au Donki !

Mon premier d’une longue série. Je ne suis pas déçue de ce que j’y trouve. Je suis sûre de pouvoir y trouver des trésors ! Mais la fatigue se fait vraiment sentir et nous décidons de rentrer. Il faudra évidemment que j’étudie tout ça plus en détail demain !

Et enfin vient l’heure du dodo. Je n’ai absolument pas de mal à m’endormir malgré l’heure qu’il est en France. Je pose la tête sur l’oreiller et je pars à la vitesse de la lumière.

J’ai traversé la planète, géré seule la douane, perdu mon Wi-Fi, retrouvé Vivi, découvert Shinjuku, pris ma première Suica, mangé mon premier ramen japonais et découvert mon premier Donki. Je viens de vivre ma première journée au Japon.

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